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Témoignage d'une cheffe de mission ASE : "merci à Parlons d'eux"

C’est par téléphone et dans une bonne humeur non dissimulée que s’est déroulée cette interview, celle d’une femme pétillante, investie dans sa mission et enthousiaste quant à l’idée de partager sa propre expérience au sein de la Protection de l’Enfance. Un entretien à cœur ouvert, riche en échange et en émotion, qui entre directement dans le vif du sujet.

 

  • Quel est ton parcours ?

Il s’agit en réalité d’un concours de circonstances. J’ai en effet effectué des stages d’assistante sociale, après ma première grossesse, lors de ma recherche de travail initiale. Je vivais à Dijon à l’époque et on m’a proposé un poste de référente ASE dans un département. J’ai alors eu l’opportunité de découvrir ce secteur, pour lequel je me suis finalement passionnée en découvrant des missions qui me plaisaient, à travers le service public. J’ai alors passé le concours de la fonction publique que j’ai obtenu du premier coup, puis j’ai été titularisée sur mon poste. J’y suis restée de 2016 à 2020, puis je suis passée cheffe remplaçante sur tout le territoire du département, travaillant alors sur le terrain pendant 17 mois. Enfin, j’ai pris le poste de cheffe départementale. Je suis devenue responsable de la gestion des adoptions, ainsi que de la gestion et de l’application de la politique de la Protection de l’Enfance sur le département.


  • En quoi consiste ton travail ?

Il consiste à m’assurer que sur le terrain, la vision politique du conseil départemental est bien respectée, grâce à l’actualisation des outils de travail et à une harmonisation des process sur l’ensemble du territoire. Je suis donc garante de l’enveloppe budgétaire allouée à la Protection de l’Enfance. Je suis également responsable de la mission adoption sur le département, ce qui signifie l’évaluation et l’attribution des agréments d’adoption pour les futurs parents. Pour finir, je suis responsable des enfants Pupilles de l’état pour mon département, en collaboration avec la Préfecture.


  • Peux-tu nous raconter ton expérience professionnelle en quelques mots ?

J’ai souvent en tête comme expression que je suis un pur produit ASE et qu’il s’agit d’un métier de cœur. Je le vis comme ça. D’expérience et avec toute notre pratique professionnelle, je me suis rendue compte que soit on partait tout de suite, soit on y restait pour des années. D’ailleurs, je me demande souvent ce que je pourrai faire dans ma vie professionnelle, après cette expérience. On travaille avec des petits humains, de futurs citoyens, pas des objets, et l’enfance est quelque chose de sacré. Ces enfants seront nos adultes de demain, donc il y a un enjeu très important pour l’avenir, et même si c’est énergivore et anxiogène, cela reste passionnant.


  • Qu’est-ce qui a dicté ton choix pour ce secteur d’activité ?

Le hasard, finalement, et une rencontre entre un domaine d’intervention et moi, avec des représentations du secteur qui se sont déconstruites dans mon esprit. J’ai alors voulu faire partie de ce milieu professionnel, par intérêt et par goût de la Protection de l’Enfance. J’avais en moi la fibre pour intégrer ce milieu professionnel, avec en première motivation l’amour de l’enfance.


  • Que représente pour toi l’ASE ?

La protection des enfants, mais aussi des équipes solidaires qui ne comptent pas leurs heures et qui proposent des projets innovants et créatifs pour accomplir leur mission. L’ASE apprend à travailler avec de la frustration, car on ne réussit pas toujours et nous sommes soumis à une politique financière qui n’est pas forcément en adéquation avec les besoins qui sont les nôtres, vu que l’on travaille à moyens constants.


  • Quels sont les points positifs de ton métier, ceux qui te motivent au quotidien ?

Les sourires des enfants. Je me souviens d’une anecdote avec une petite fille qui partageait son sourire avec moi, lorsqu’elle m’a vue débarquer avec des chaussures clignotantes. La reconnaissance des anciens enfants avec qui je suis encore en contact est très positive moralement. On se dit alors qu’on n’a pas fait ça pour rien. Il y a une histoire qui se créé entre nous et on prend des nouvelles les uns des autres. Voir que finalement mon intervention à l’échelle d’un individu permet d’avancer à travers des projets de vie. J’aime savoir que les enfants sont heureux dans ce qu’ils souhaitent être.


  • Quels sont les points négatifs de ton métier ? Comment les appréhendes-tu ? Comment traverses-tu les moments difficiles ?

Le sentiment d’impuissance, parfois, la frustration et la reproduction sociale des schémas qui se répètent. On ne maitrise pas tout, malgré ce que l’on peut leur apporter, et les enfants peuvent retomber dans leur milieu initial, et dans ce qui les a conduit vers nous, finalement. L’expérience permet de prendre de la distance, la solidarité entre collègue nous solidifie et parfois, un bon apéro... [rires]


  • Si tu pouvais faire adopter une loi sur la Protection de l’Enfance, quelle serait-elle ?

Elle concernerait les moyens financiers alloués aux établissements et aux lieux familiaux à échelle humaine, plus cocooning, afin de mieux s’occuper d’un nombre de personnes moins important à la fois et donc d’offrir un service de bien meilleure qualité.


  • Comment convaincrais-tu une jeune personne de se tourner vers le même métier que toi ?

Je lui proposerai de venir passer une journée, un mercredi avec moi, pour qu’au-delà du discours,  elle se rende compte d’elle-même de ce qu’est la Protection de l’Enfance. Elle va voir les pleurs et les sourires, et je lui dirai alors « viens voir mon job et tu te feras ta propre opinion ». La pratique est plus parlante qu’un long discours.


  • Veux-tu rajouter quelque chose, évoquer un thème non abordé ici ?

Je te remercie de faire ce type d’interview car les médias font en général du sensationnel et montrent et véhiculent une mauvaise image, paupérisée, de la Protection de l’Enfance, donc je trouve chouette cette démarche de mettre en avant notre travail et notre engagement. Merci à Parlons d’eux.


Ndlr : Souhaitons tous un joyeux anniversaire à cette cheffe d'établissement qui fête son anniversaire aujourd'hui !

 

 Frédéric Mémin

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