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Témoignage d'ancien confié : l'importance de l'écoute et de l'accompagnement

“Nous ne sommes pas des cas perdus, cette étiquette est fausse : nous avons [au contraire] de très beaux parcours”. A l’inverse du préjugé qui suit souvent les anciens enfants confiés en famille d’accueil ou en foyer comme Lucas, celui-ci insiste sur le fait qu’un tel passé n’est en aucun cas une fin, mais bien un simple passage voire le début d’une vie où des qualités telles que la résilience seront un atout certain.


Lucas a aujourd’hui vingt ans et est apprenti pâtissier, il a été accompagné par les services de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) jusqu’à ses quatorze ans. Après avoir été confié en urgence à ses deux ans, il a connu plusieurs villes mais aussi plusieurs cadres de placement. Il a d’abord été confié à une famille d’accueil, puis a connu la vie en foyer avant de retourner dans une nouvelle famille. C’est à ses quatorze ans qu’il est finalement retourné vivre avec sa famille, sa mère puis son beau-père, avant de débuter sa vie avec sa tante à ses dix-huit ans.


Ces expériences ont eu diverses conséquences, certaines positives, mais d’autres plus difficiles. Quoi qu’il en soit, elles ont permis à Lucas d’avoir un regard aguerri et connaisseur sur les enjeux actuels de l’ASE, sur ce qui est d’ores et déjà bien pensé, mais aussi sur les probables améliorations qui pourraient découler des expériences vécues par les enfants confiés, ou anciennement confiés, comme lui.


Avec son parcours, Lucas a pu découvrir ce qu’était la vie en famille d’accueil mais aussi en foyer, ou Maison de l’Enfance (MDE). Il décrit son expérience dans sa première famille d’accueil où il est resté jusqu’à ses huit ans avec des mots sincèrement positifs, ses propos reflètent une belle période où il a pu s’épanouir. Malheureusement, sa mère a désiré son rapprochement afin qu’elle puisse le voir plus souvent et il a dû être déplacé en foyer. Or, son expérience n’a pas du tout été la même, si bien qu’il a été obligé de quitter le lieu et de se retrouver dans une nouvelle famille d’accueil avec laquelle l’expérience plus que positive de la première ne fut pas renouvelée.


Si Lucas avance que tous ces changements de lieux lui ont permis de s’avoir s’adapter facilement à de nouveaux environnements et à de nouvelles personnes, il affirme qu’il n’a pas été écouté lorsque toutes ces décisions ont été prises, alors même qu’il en était le sujet. Bien qu’il fût parfaitement heureux avec sa première famille d’accueil, l’ASE a écouté les paroles de sa mère, et non les siennes. Le même schéma s’est renouvelé avec les nombreux changements d’éducateurs qu’il a subis. Si ce deuxième aspect est moins “critique” car le lien entre l’éducateur et l’enfant est souvent moins fort que celui que ce dernier nourrit avec sa famille d’accueil, de telles modifications régulières de son entourage ne peuvent que nourrir un sentiment d’instabilité. Il regrette amèrement ces choix, car s’il avait été davantage écouté, et si les personnes l’accompagnant n’avaient pas tant évolué sans son consentement, beaucoup de ses mauvaises expériences postérieures lui auraient été évitées.


L’écoute de l’enfant et de ses besoins, mais aussi son accompagnement pendant et après son passage à l’ASE, sont des enjeux décisifs pour le développement de l’adulte qu’il deviendra. Lucas a ainsi pu garder un lien fort avec sa première famille d’accueil, et avec des éducateurs qui lui ont apporté leur soutien et qui peuvent toujours l’accompagner dans sa vie de jeune adulte. Seulement, ces liens sont volontaires et force est de constater que l’ASE n’a pas elle-même mené à leur mise en place. En effet, lorsque Lucas a été confié à domicile à quatorze ans, tout accompagnement a été retiré, alors même que l’apparence du “tout allait bien” était trompeuse. Un tel retrait est regrettable lorsque c’est le bien-être d’un enfant de cet âge qui est en jeu, qui plus est en pleine période où des questions telles que “pourquoi moi ?” “pourquoi je n’ai pas une vie comme les autres ?” affluent. De même lors de son passage en foyer, où le personnel social est logiquement beaucoup moins présent qu’en famille d’accueil –puisque le nombre d’enfants confiés n’est pas le même– : Lucas aurait espéré davantage d’accompagnement, de surveillance et d’encadrement, mais aussi et tout simplement de la bienveillance.


Malgré ces points qui auraient pu être mieux pensés et mis en place par l’ASE, Lucas relate une expérience positive en famille d’accueil. Il a pu alors créer des liens avec ceux qu’il appelle sa “seconde famille”, a toujours pu compter sur quelqu’un pendant ses années à l’ASE et il ne s’est jamais senti abandonné. Son expérience en foyer a été aussi forte en termes de liens amicaux créés et de son développement personnel, bien qu’un peu plus difficile à cause d’un climat davantage tendu qu’en famille d’accueil avec la présence de beaucoup plus d’enfants, d’horizons encore plus différents.


Ce qui est certain, c’est que ces expériences ont fait de Lucas une personne forte, qui ne baisse jamais les bras et aspire à toujours faire de son mieux, en toute humilité. Aujourd’hui, il parvient à voir de la beauté dans son parcours et il est fier, comme il le devrait, d’être passé par l’ASE et de réussir à construire son futur de la manière dont il le fait. Lucas est reconnaissant envers lui-même, mais aussi envers la vie pour l’avoir mené à devenir la personne qu’il est aujourd’hui.


Il souhaite ainsi faire comprendre au plus grand nombre que, peu importe le passé de chacun et les éventuels découragements qui s’en sont suivis, lorsque l’on veut s’en sortir ce n’est pas simplement une volonté, mais bien une possibilité. Cela demande de la force et du courage, mais, aujourd’hui, de nombreux jeunes tels que Lucas démontrent avec ferveur que c’est tout à fait réalisable.


Krisztina Winter

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